La Commission européenne effectue cette semaine une visite inconfortable à Pékin où elle va devoir naviguer entre polémique grandissante autour du Tibet, illustrée par les manifestations anti-françaises, et défense des intérêts commerciaux bien compris de l'Europe.
Venue initialement pour parler environnement et économie, l'exécutif européen, qui se déplace en force jeudi et vendredi avec une délégation de pas moins de dix commissaires, se retrouve plongé dans un maelström diplomatique à moins de quatre mois des jeux Olympiques.
Son président, José Manuel Barroso, va "soulever les questions de droits de l'Homme et de la liberté d'expression" en Chine, où il rencontrera notamment le président Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao, a souligné lundi, un peu embarrassé, le porte-parole de la Commission.
"Il est clair que les événements récents au Tibet offrent une raison supplémentaire d'en parler", a-t-il ajouté, à propos de la répression de manifestations anti-chinoises mi-mars à Lhassa.
Le régime communiste ne paraît pas toutefois d'humeur à écouter les conseils des Européens.
En Chine, la fièvre anti-française gagne en intensité avec plusieurs manifestations hostiles. Ce qui a amené Bruxelles à demander que ces rassemblements restent "pacifiques".
Les Chinois reprochent notamment à la France le fiasco du passage de la flamme olympique à Paris et les menaces du chef de l'Etat de bouder la cérémonie d'ouverture des JO faute d'un dialogue entre le régime communiste et le dalaï lama.
Hasard du calendrier, la visite européenne coïncidera avec les déplacements prévus aussi cette semaine dans le pays de trois personnalités françaises de haut rang chargées d'amadouer les autorités chinoises, dont Jean-David Levitte, conseiller diplomatique du président.
Mais ce ballet diplomatico-économique intervient "dans un contexte difficile. Sans parler de la question du Tibet, l'approche des JO renforce les tensions en Chine et n'est pas favorable à l'ouverture et aux prises de décision", estime Valérie Niquet, de l'Ifri (Institut français des relations internationales).
Pékin est déçu "de voir disparaître un pôle européen dont le principal mérite était de s'opposer aux Etats-Unis en prenant des positions plus favorables aux intérêts chinois. Aujourd'hui c'est de l'Europe, où les opinions publiques sont de moins en moins favorables à la Chine, que partent les attaques les plus virulentes", ajoute-t-elle.
Se faisant, en se focalisant sur la France, Pékin joue sur le manque de cohésion des Européens au sujet de la participation à la cérémonie d'ouverture des Jeux. Paris est soutenu par le Parlement européen dans sa position, mais pour le reste assez isolé, beaucoup refusant de braquer la Chine compte tenu des intérêts économiques en jeu.
"Nous ne devons pas perdre de vue que nous sommes voués à travailler avec la Chine, à aider la Chine à réussir", a d'ailleurs prévenu le commissaire européen au commerce Peter Mandelson, qui est du voyage à Pékin et souhaite éviter toute "confrontation directe".
La Commission entend notamment demander aux dirigeants chinois une plus grande ouverture de leurs marchés aux entreprises et investissements européens, ainsi qu'une meilleure protection du droit à la protection intellectuelle.
Le patronat européen attend aussi qu'elle plaide la cause d'une réévaluation plus rapide de la monnaie chinoise, le yuan, pour soulager l'euro qui vole de record en record.
Ces sujets risquent de reléguer au second plan la priorité affichée par l'exécutif européen pour cette visite: la lutte contre le réchauffement climatique et la nécessité pour la Chine de s'associer aux efforts internationaux.