La Chine renforce la répression à l'encontre des minorités musulmanes du Xinjiang (nord-ouest) afin d'éviter tout incident lors du passage de la flamme olympique prévu fin juin, accusent les dissidents ouïgours.
10.000 personnes auraient été interpellées par les forces de l'ordre "Les autorités chinoises ont réprimé durement les Ouïgours afin de faire passer la torche par le Turkestan oriental" (Xinjiang), depuis les Etats-Unis, Rebiya Kadeer, l'une des figures de la dissidence ouïgoure.
"Nous avons appris que beaucoup de Ouïgours sont arrêtés par les autorités chinoises afin d'éviter des manifestations pacifiques en relation avec la torche", affirme-t-elle.
Près de 10 millions de musulmans, dont les Ouïgours (des turcophones), vivent au Xinjiang, région de l'extrême ouest chinois, aux confins de l'Asie centrale. Certains groupes continuent à se battre pour l'indépendance du Turkestan oriental, qui a connu une existence éphémère avec deux Républiques entre 1930 et 1949.
La torche doit passer du 25 au 27 juin au Xinjiang.
La répression "vise à éviter que les Ouïgours ne disent la vérité aux journalistes et visiteurs étrangers sur leur souffrance. Je suis opposée au passage de la torche, car elle s'accompagne d'une répression sévère à l'égard des Ouïgours", a indiqué Mme Kadeer.
Un autre dirigeant ouïgour en exil avait affirmé que plus de 10.000 personnes avaient été interpellées par les forces de l'ordre au cours des derniers mois.
"Partout, les maisons, les hôtels sont fouillés. Les gens sont arrêtés", a déclaré lors d'une conférence de pressse au Japon, Dolkun Isa, secrétaire général du Congrès mondial ouïgour, basé en Allemagne. "Même les gens qui n'ont jamais eu de problèmes avant ont été arrêtés simplement parce qu'ils semblaient suspects", a-t-il dit.
La Chine a mis en garde contre une menace terroriste islamiste supposée en provenance du Xinjiang avant les jeux Olympiques organisés à Pékin en août, annonçant avoir déjoué des projets d'attentats visant l'événement.
Des analystes et défenseurs des droits de l'homme ont qualifié d'exagérée la menace terroriste islamiste agitée par la Chine avant les JO, des spécialistes de la sécurité soulignant qu'elle fournit peu de détails sur les réseaux qu'elle annonce régulièrement avoir démantelés.
Pour Mme Kadeer, qui a été emprisonnée pendant six ans en Chine de 1999 à 2005 avant de partir en exil aux Etats-Unis, les accusations des autorités ne servent qu'à justifier la répression envers le peuple ouïgour.
"La Chine se sert de l'occasion des jeux Olympiques pour diaboliser encore plus la lutte pacifique et légitime du peuple ouïgour et justifier sa répression menée d'une main de fer au Turkestan oriental", a-t-elle indiqué.
Au début de l'année, un journaliste de l'AFP s'était rendu sur le site d'un raid des forces de l'ordre contre une cellule terroriste présumée, dans un appartement d'un immeuble d'Urumqi, capitale du Xinjiang.
Mais aucun habitant n'avait pu confirmer la version donnée par les responsables chinois ou médias officiels, qui avaient annoncé une descente des forces de l'ordre, au cours de laquelle les "terroristes" auraient lancé des grenades, faisant sept blessés. Deux terroristes avaient été tués et 15 arrêtés, selon la version officielle.
Ces affirmations n'avaient pas pu être confirmées: deux habitants avaient expliqué à l'AFP que des hommes en civil étaient arrivés à bord d'une camionnette avant de repartir avec deux personnes, mais sans violences, ni explosions ni coups de feu.